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what happens in Brighton, stays in Brighton

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Decima L. Giaccherini

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Chamane • meute City



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MessageSujet: what happens in Brighton, stays in Brighton Dim 13 Mai - 2:05

Deci, viens vite. Deux sorcières sont en train de foutre la merde dans mon bar et je préfère ne pas me mêler de ce genre de chose. C’était plus ou moins, à quelques mots près, ce qu’il lui avait dit. En d’autres termes, que la fliquette qu’elle était devait venir et intervenir, d’autant plus qu’elle était une fliquette sorcière et que lui en tant que vampire n’avait aucune légitimité. Soit. Elle prit sur elle, prit la direction du bar plutôt que de chez elle bien qu’elle était sur le point de terminer son service et qu’elle était crevée, pour aller jusqu’à l’Apollonide où il l’attendait. Mais, surprise. Les sorcières n’étaient plus là. Il avait réussi à désamorcer la situation, tout était réglé. Miracle. Ca tombait bien, Decima avait besoin de repos. La journée avait été longue, elle n’avait aucune envie de prendre en charge une énième affaire et sur son temps libre qui plus est. Puisqu’il n’y avait plus d’urgence, elle allait donc pouvoir rentrer au bercail, retrouver sa sœur et son lit, grignoter une bonne pizza en regardant la télé, en couch potatoe qu’elle était. Ou le paradis, selon la définition que lui donnait les deux Giaccherini.

Pauvre Decima. Elle pouvait toujours rêver.

Alexander insistait pour lui offrir un verre. Alors qu’elle n’en avait vraiment aucune, aucune envie. Non pas qu’elle ne l’aimait pas – bon, ils n’étaient pas les meilleurs amis du monde, mais il avait suffisamment forcé et imposé sa présence dans sa vie pour qu’elle ne s’étonne plus vraiment de se retrouver en sa compagnie – mais, elle voulait juste rentrer. Juste rentrer. C’était tout ce qu’elle voulait. Pas d’alcool, rien, juste rentrer. Sauf qu’il insistait. Et puis, il avait reçu une incroyable bouteille de rhum des Etats-Unis, si bonne qu’il fallait la goûter pour croire à l’existence d’une merveille pareille. Et Decima adorait le rhum. Oh oui qu’elle adorait le rhum. Une passion qui ne l’avait pas abandonnée à travers les âges, dans son ancienne vie comme dans la nouvelle. Ce qu’elle préférait, c’était y faire infuser du gingembre, ou du piment. Et là… Là, le rhum avait un arrière-goût très étrange. Peut-être avaient-ils infusé quelque chose de particulier dans la bouteille ? Elle ne savait pas trop. Enfin, de toute manière, elle n’était pas là pour se prendre la tête. Elle allait boire son verre, et s’en aller.

Elle pouvait, définitivement, toujours rêver.

Avant même d’avoir avalé la moitié du contenu qu’elle se sentait déjà… Déjà faible. Extrêmement faible. Ses paupières étaient lourdes. Sa tête… Bon sang, à croire qu’elle allait exploser. C’était comme lorsqu’elle avait une horrible gueule de bois. Non, pire que lorsqu’elle avait une gueule de bois, et dieu savait qu’elle en avait rarement, jeune femme sage qu’elle était. C’était atroce, tout bonnement atroce. Et ça ne s’arrangeait pas, bien au contraire. Elle ne parvenait plus à bouger, elle n’arrivait plus à parler. Elle n’avait même plus conscience de ce qui pouvait se passer autour d’elle. La grande Decima Giaccherini était devenue plus malléable qu’une petite poupée. Qu’on pouvait soulever, porter, emmener.

Quelques minutes. Quelques heures. Quelques jours. Elle n’en savait rien. Elle n’avait aucune conscience du temps qui s’était écoulé, de quelle heure il était, d’où est-ce qu’elle était. Ouvrant tant bien que mal les yeux, elle reprenait peu à peu ses esprits. « Qu’est-ce que… » Cette voix. Elle la reconnaitrait entre mille. Cette voix. Alexander. Pourquoi entendait-elle la voix d’Alexander ? Se redressant difficilement, il lui fallut quelques secondes pour réussir à traiter une partie du flot d’informations que son cerveau recevait. La route, devant elle. Et elle, dans un siège de voiture. Côté passager, fort heureusement. Mais côté conducteur, il y avait le vampire. Et une musique entêtante. Et… « Qu’est-ce que je fous ici ?! » Et avec lui, surtout ? C’était quoi ça, un cauchemar, un délire, encore un rêve tordu ? Non. Non non non. C’était la réalité, ça. La réalité. Merde. « … Alexander … Qu’est-ce que t’as mis dans mon verre ? » Oui, elle était perspicace, la Decima. Elle n’était pas flic pour rien. « Tu m’as droguée ? T’as mis une drogue dans mon verre, c’est ça ? Sérieusement ? Mais putain. » Elle allait le tuer. Enfin, elle ne pouvait pas réellement le tuer si facilement, mais ce n’était pas l’envie qui lui manquait, là. « Et en plus, après m’avoir droguée, tu m’as kidnappée. Tu sais ce que ça peut te coûter, de droguer et de kidnapper un agent ? Tu te rends compte de ce que t’as fait là ? T’as perdu la tête ?! Je veux rentrer chez moi. Je veux rentrer chez moi, tout de suite. »
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Alexander Perazzini

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MessageSujet: Re: what happens in Brighton, stays in Brighton Dim 13 Mai - 2:14

I never meant to be so bad to you
One thing I said that I would never do


La musique est mille fois trop forte, les vitres en tremblent presque. Plus forte encore, la voix d’Alexander qui s’accorde assez mal avec celle de Wetton. Non pas que ce soit important, personne ne peut l’entendre. Même la belle endormie sur le siège passager ne s’offusque pas. Et si elle le faisait, il chanterait plus fort. C’est son petit plaisir d’homme moderne. La voiture est la plus belle invention de l’humanité. Plus encore que l’avion. Parce que dans l’avion, on ne peut pas chanter en roulant trop vite sur une route de campagne anglaise avec une nana qui plane au GHB.

A look from you and I would fall from grace
And that would wipe this smile right from my face


Il tape le rythme sur le volant et accélère encore. Ils ne sont pas en retard mais ça lui fait plaisir. La route est déserte de toute façon. Personne ne décide de passer la nuit à Brighton sur un coup de tête. Personne ne se perd son temps à éviter l’autoroute. La première plaie de l’automobile. La deuxième, c’est la voiture familiale. La troisième, la Fiat Multipla. Alex n’a pas encore trouvé les sept autres mais il y réfléchit. La dixième, c’est probablement lui, danger public assumé, jamais concentré, toujours en train de chanter. Il y a des choses qui ne s’avouent pas.

Do you remember when we used to dance?
And incident arose from circumstance


Decima devrait se réveiller. Ils ne sont pas arrivés mais il s’emmerde un peu. Heat of the moment tourne en boucle depuis une heure et il commence à en avoir marre. Il pourrait écouter autre chose mais il tient à ce qui lui reste de crédibilité. Si elle ouvre les yeux pendant qu’il chante ABBA, il n’obtiendra rien d’elle. Pas assez vampire material. Il monte encore un peu le volume et il chante plus fort, se penche même vers son oreille pour la motiver un peu. Faut pas exagérer, il n’a pas tant blindé son rhum que ça. Il n’en a pas la moindre idée en fait. S’il a besoin de quelque chose de précis d’habitude, il lui suffit de battre des cils et de ronronner. Assez littéralement. Sauf qu’il a déjà essayé avec elle et que ça n’a pas fonctionné. Alors il s’est rabattu les méthodes barbares des humains vicieux. Le pire, c’est qu’il s’est beaucoup amusé à prévoir tous ces petits trucs inutiles. Sans le savoir, elle a refait sa nuit.

One thing lead to another, we were young
And we would scream together songs unsung


La mignonne Decima Giaccherini retourne dans le monde des vivants, il la sent s’agiter. Pendant une seconde, Alexander prie pour que ce soit Marie, avant de se rappeler que ses prières ne se réalisent pas. Jamais. « Bien dormi ? » Le ton tranche avec la situation. La gosse flippe, John Wetton chante l’amour façon eighties et Alex a le ton de la discussion météo et taux de chômage. Classique. Dans une autre vie, il la rassurerait, lui dirait que tout va bien. Malheureusement pour elle, ils sont dans cette vie-là et il n’en a rien à foutre. Le summum de sa générosité, c’est de baisser le son. « De la valériane. » Et il se marre. Il sait qu’elle sait ce que c’est, à quoi ça sert. Il sait qu’elle sait qu’il se fout de sa gueule. C’est à moitié vrai cela dit, il y avait vraiment de la valériane dans le rhum. A la base, c’est pour détendre ses filles un peu anxieuses. L’alcool pour le courage, la plante pour la tranquillité. Il a juste rajouté une petite dose de GHB pour pouvoir la pousser à l’accompagner sans l’assommer. Ça a relativement bien marché, jusqu’à ce qu’elle s’endorme comme une masse dix minutes après la sortie de Londres.
« Alors, ce n’est pas vraiment un kidnapping. » Elle joue sur les mots là. C’est plus un emprunt qu’autre chose, il va la ramener gentiment, sans rançon et, sauf problème majeur et complètement imprévu, en un seul morceau. Donc ce n’est pas un kidnapping. De toute façon, elle n’aurait jamais accepté de le suivre autrement. « Dans le sac à tes pieds il y a à manger et à boire. » Pour elle, il a tout de même passé les portes d’une épicerie pour la première fois depuis des lustres. Bel exemple de bonne volonté, non ? Le pauvre gosse de service s’est retrouvé bien con face à lui, quand il lui a demandé de choisir des trucs à manger. En même temps, sandwich triangle, bagel ou pain polaire, ça ne lui parle pas beaucoup. Autant déléguer. « Tu devrais vraiment manger, tu as une tête épouvantable. » Et parce qu’il n’a pas envie de l’écouter se plaindre, il remonte le volume au maximum et se remet à chanter.

It was the heat of the moment
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Decima L. Giaccherini

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Chamane • meute City



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MessageSujet: Re: what happens in Brighton, stays in Brighton Ven 18 Mai - 1:08

Elle allait le tuer. Bon, techniquement, elle ne pouvait pas le tuer. Parce qu’elle était une jeune sorcière, qu’il était un très vieux vampire – bien qu’elle ne connaissait pas son âge exact – et que le rapport de force l’avantageait clairement. Mais ce n’était pas l’envie qui lui manquait. Sérieusement ? Depuis que ce type était entré dans sa vie sans qu’elle ne sache trop comment, il… Il s’étalait carrément, en fait. Elle le voyait trop, beaucoup trop pour une simple connaissance, à croire qu’il le faisait exprès, d’être là partout où elle était. D’ailleurs, étaient-ils de simples connaissances ? Une simple connaissance en kidnappait-elle carrément une autre ? Parce qu’elle ne jouait pas sur les mots, non. C’était du kidnapping. Un enlèvement. Lui avait-il demandé son autorisation ? Non. Elle aurait dit non, même s’il le lui avait demandé, Alex avait raison. Mais, ce qu’il avait fait n’en était pas moins un enlèvement. « Bien dormi ? Oh bah oui. Très bien. Pas comme si on m’avait vraiment laissé le choix, hein. C’est comme être assommée chimiquement, ça. Tu sais que c’est un crime, le kidnapping ? Et en plus d’un agent de police. » Mais bon, hein, son insigne de police, elle pouvait l’oublier lorsqu’elle était avec le vampire, elle n’avait aucun effet sur lui, aucun. Dire qu’elle avait prévu une soirée tranquille chez elle. Ca lui apprendrait à être gentille, tiens. Et à venir rendre service. La prochaine fois, il n’aurait qu’à appeler le 101 comme tout un chacun. Elle allait même mettre son numéro sur liste noire et le bloquer définitivement une fois retournée à Londres. Bon, une fois de retour chez elle, elle oubliera probablement de bloquer son numéro mais, l’intention, encore une fois, y est.

De la valériane. Mais bien sûr. « Fous-toi de ma gueule. T’as mis quelque chose dedans. C’était quoi ? Du GHB c’est ça ? C’est la dernière fois que j’accepte de boire quoi que ce soit venant de toi. Ne te fatigue même plus à m’offrir un verre la prochaine fois, cette époque bénie est révolue. Encore faudrait-il que je remette un pied dans ton bar. Qui sait, la prochaine fois tu pourrais diffuser des particules de je ne sais quel autre produit dans l’air. » Et pendant ce temps, lui riait. Rira bien qui rira le dernier. Elle était furax, oh oui qu’elle était furax. En plus, il voulait que là, après tout ça, elle mange de la nourriture qu’IL avait acheté ? Elle n’avait plus confiance. Allez savoir ce qu’il avait pu y mettre. « Tu sais vraiment parler aux femmes, Alexander. Merci, c’est adorable. » Et à cause de qui, cette tête épouvantable ? A cause de lui. Et de tous les soucis qu’il lui causait. Parce qu’affamée – elle n’avait pas avalé quoi que ce soit depuis le midi – elle finit malgré tout par prendre le sac, sortant un sandwich sous vide, une canette de coca et un dessert sous plastique. Hallelujah. Malgré tout, elle prit la peine de bien vérifier qu’il n’y avait aucun trou dans le plastique de chacun des aliments, sait-on jamais. A partir d’aujourd’hui, elle allait prendre ses précautions.

Mais avant de manger, d’abord sa sœur. Parce qu’elle avait le sens des priorités. Elle sortit son portable pour l’appeler, essayant tant bien que mal de parler malgré le brouhaha ambiant. Causé par Alex. Ce n’était pas simple, de parler au téléphone avec un jukebox vivant juste à côté. « Oui trésor, je ne vais pas pouvoir rentrer cette nuit, j’ai une urgence – non, non, je ne suis pas en boite de nuit, la musique c’est… C’est autre chose, c’est une longue histoire, bref. Je vais parler à Erin et elle va venir rester avec toi, d’accord ? Sois sage et ne fais pas de bêtises. » En boite de nuit. Bravo. Maintenant sa sœur allait croire qu’elle l’abandonnait pour aller faire la fête, merci Alexander. Et dans la foulée, un second coup de fil pour Erin. La voilà rassurée pour sa sœur, elle pouvait enfin manger son repas en paix. Une première bouchée de son sandwich pour se remettre les idées en place, avant de se lancer. « Où est-ce qu’on va ? » Parce qu’ils n’étaient plus à Londres. Ca ne ressemblait ni au centre-ville, ni au périphérique. Donc, définitivement en dehors de Londres. « Et… Pourquoi ? Juste pourquoi, en fait ? Pourquoi on est partis de Londres, là ? » Elle avait du mal à saisir le pourquoi du comment de cette opération digne d’un film d’action – ou de peur, avec le cocktail kidnapping/drogue.
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Alexander Perazzini

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MessageSujet: Re: what happens in Brighton, stays in Brighton Jeu 24 Mai - 22:23

Elle peut le tuer. Avec un peu de bonne volonté, elle peut faire n’importe quoi de lui. Parce que Marie aurait pu le tuer mille fois à l’époque et si ce qu’on dit est vrai, elle est toujours un peu là en embuscade, à attendre son heure. C’est peut-être faux, après tout, peut-être que le petit corps de Decima ne peut pas supporter un dixième de la magie de son ancêtre, mais il aime l’idée d’être un épargné. Vivant pare qu’elle l’a voulu. Rien que l’idée le fait planer, chanter plus fort pour ne pas être tenté de regarder Decima comme il regardait Marie. Autre époque, autre relation. Celle-ci parle beaucoup trop et ne prononce que des banalités. Il sait que le kidnapping est illégal, que le GHB est illégal, que toucher à un membre des forces de l’ordre est, étonnamment, plus illégal que de s’en prendre à n’importe qui d’autre. L’orgueil de l’uniforme, probablement. « Tu peux baisser d’un ton ? C’est bientôt le refrain. » Il ne répondra pas à sa provocation, elle sait qu’il est bien au-dessus de ça et qu’elle peut se plaindre autant qu’elle veut. Comme si elle allait vraiment rester loin de son bar. La Marie en elle doit beaucoup aimer l’endroit. Rien de certain pour l’instant, mais il en a la sensation. Si Decima ne revient pas, Marie l’y trainera de force. Si les choses fonctionnent ainsi.

Il hurle presque le refrain avant de se tourner vers elle, la bouche encore à moitié ouverte. « Parce que tu es une femme ? » L’étonnement a l’air réel, la moquerie aussi. Parce qu’il ne voit pas ce que le concept vient foutre là-dedans. Femme ou non, elle a une sale gueule. Quand elle vérifie sa nourriture, elle ressemble vaguement à une héroïnomane en manque. Un grand non pour le GHB. Si un jour il doit enlever quelqu’un d’autre, ce qu’il ne souhaite pas pour cause de c’est-chiant-à-mettre-en-place, il s’en tiendra à ses plantes. Et à une petite prière pour que ses études ne soient pas, comme il se dit beaucoup dans les milieux scientifiques qui pensent vraiment que la chimie est née spontanément à un instant random de l’Histoire, une charlatanerie odieuse. « Je devrais me lancer dans l’homéopathie. » il la regarde dans l’attente d’une approbation quelconque, mais mademoiselle est au téléphone. Par pur esprit de vengeance, vexé qu’elle ne boive pas ses paroles, il se remet à chanter. Si elle lui avait demandé de baisser le son et de se taire, il l’aurait fait. « Je ne sais pas si on a un jour diffusé Asia dans une boite de nuit. Shame on you. » Ou peut-être que si mais elle n’était pas née, donc elle ne peut rien prouver.

Les gens qui mangent lentement l’agacent. Si tu mâches trente fois avant d’avaler un équivalent de gerbe, par pitié, ne parle pas en même temps. Alexander a perdu patience avec ces choses-là depuis qu’il n’est plus en capacité de les faire. Decima est visiblement une professionnelle dans le domaine, parce qu’elle commence à parler après seulement une bouchée. Dans d’autres circonstances, il aurait pris le sandwich pour le jeter par la fenêtre, et potentiellement la fille au bout du sandwich avec. A la place, il baisse un peu le volume de la musique et retire la répétition, histoire de passer un peu à autre chose, et il attend. « Je disais, donc. L’homéopathie. » Tant qu’elle n’a pas fini de manger, il ne veut aucune interaction avec elle. Donc il parle tout seul. « Une étude bien payée pour prouver que les vaccins provoquent un truc quelconque. Pas l’autisme, c’est so 2015. Les gens y croient, ils flippent, le chiffre d’affaire du sans gluten augmente spontanément sans véritable raison, un économiste sur deux s’arrache les cheveux pour expliquer le phénomène, et enfin j’arrive avec mes plantes pour un vaccin homéopathique sans aiguille et sans crise de nerf de bambin capricieux. Je deviens riche et un patron de laboratoire vient me cirer les pompes pour une petite part de gâteau. Pitié qu’il soit mignon vu du dessus. » Plan de génie qui ne se réalisera jamais, le but étant uniquement de parler pour ne rien dire, d’imaginer des choses et de s’éloigner un maximum du sujet qui l’intéresse. Pas besoin d’être mentaliste pour se douter qu’elle n’en a rien à foutre, de l’industrie pharmaceutique et des plantes miraculeuses. Ce qu’elle veut savoir, l’enfant, c’est ce qu’il va faire d’elle et si elle survivra assez longtemps pour expliquer à sa sœur qu’elle ne l’a pas abandonnée pour aller en boite.

« Tu as déjà vu Brighton ? » Son défi s’arrête ici parce qu’elle a presque fini de manger, et parce qu’ils viennent de passer un panneau. Ils s’approchent à grands pas de la ville la moins attirante du monde selon lui. La mer, certes, mais à quel prix ? Celui du tourisme de masse, de l’odeur du Fish & Chips et des lumières de manèges qui lui donnent envie de crever les yeux à chaque putain de personne qui s’émerveille. La couleur, ce n’est pas trop son truc. « On vole à la rescousse d’un ami. Enfin, tu voles à la rescousse, moi je tiens la laisse et je partage équitablement la récompense. 30-70 c’est honnête. » Par ami, il faut comprendre associé. Partner in crime, éventuellement. Un humain bête à manger du foin qui le prend pour une sorte d’autorité suprême. Avant, il traitait avec son père, un brave type qui n’avait rien à voir avec l’abruti qu’ils allaient rencontrer ce soir.
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Decima L. Giaccherini

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MessageSujet: Re: what happens in Brighton, stays in Brighton Sam 26 Mai - 1:16

Bon, là, le vampire commençait à sérieusement l’agacer, et elle allait finir par trouver une solution pour véritablement le tuer s’il continuait à se moquer ouvertement d’elle comme il le faisait. Il était en tort, dans l’histoire. Il était celui qui avait un million de choses à se reprocher, pas elle. Alors la moindre des choses serait de prendre la peine de chanter moins fort lorsqu’elle parlait au téléphone, par exemple, ou bien de la respecter, un minimum. « Va te faire voir. » Parce qu’elle était une femme ? Elle lui jeta un regard noir, le premier – quoique non, sûrement pas – d’une longue série, avant de se concentrer sur sa nourriture, le seul réconfort qu’elle avait actuellement. Parce que ce n’était pas sa présence qui allait la réconforter après cette expérience quasi-traumatisante, ou son imitation quasi-parfaite de jukebox détérioré, ou encore son incroyable discours sur l’industrie pharmaceutique qui, pour le coup, dépassait le stade de foutage de gueule. Ce n’était pas juste du foutage de gueule, ça. C’était au-dessus, le niveau largement au-dessus.

En être humain – enfin, sorcière – normalement constituée, après avoir terminé son appel, après une bouchée de nourriture salvatrice mâchée et avalée, elle demanda le pourquoi du comment de sa présence dans cette voiture. C’était le minimum syndical, non ? Lui dire s’il l’avait kidnappée simplement pour l’emmerder ce qui ne l’étonnerait même pas venant de lui, ou pour la tuer puis l’enterrer dans la ville voisine, ou pour vendre ses organes dans un marché noir. Bref, quelque chose, une explication. Mais à la place, elle avait droit à… Rien. Mas bon sang, qu’est-ce qu’elle en avait à faire de ses études ou de ses vaccins ou de tout ce blabla sans queue ni tête ? Qui, en plus, lui cassait sa tête, à elle. Et le peu de patience qu’elle avait était en train de s’évaporer à vue d’œil. Très mauvaise stratégie, s’il voulait une Decima coopérative pour la soirée. Parce qu’actuellement, elle était simplement en train de se fermer, peu à peu, et sa mine sombre en était la plus belle preuve d’ailleurs. Si elle avait des balles en argent à la place des yeux, il ne ferait plus partie de ce monde depuis une bonne dizaine de minutes. Ou plus. Parce qu’elle n’avait aucune idée de quand est-ce qu’il avait commencé à parler et que si elle ne se savait pas âgée de vingt-cinq ans seulement elle aurait facilement opté pour une éternité. « Je m’en fou. Mais alors je m’en tape royalement. D’une violence. Alors si tu veux bien la fermer s’il te plaît, parce que ça me fait chier, là. Si c’est pas pour me donner des réponses à mes questions, ne dis rien, c’est beaucoup mieux. » Soit il lui donnait une information utile, soit il laissait ses oreilles en paix.

Si elle avait déjà vu Brighton ? Tiens donc, il s’intéressait à sa vie et à ses voyages passés, maintenant ? Le visage fermé, la mine sombre, elle ne prit pas même la peine de parler cette fois-ci, se contentant de secouer la tête. Il l’aura voulu. Decima était encore moins contente qu’au réveil, d’autant plus que son seul réconfort était désormais terminé : la nourriture. « Tu ne tiens pas la laisse, parce que je ne suis pas un chien. » Petite précision toujours bonne à savoir. Lui qui semblait tant souhaiter le retour de Marie depuis le départ, voilà son vœu exaucé. Le tempérament de la voodoo queen ressortait toujours lorsque la nouvelle « elle » commençait à s’emporter. « 60-40, c’est honnête si tu fous rien. Et encore, je suis gentille là. Je ne descendrai pas en dessous, d’autant plus que je suis en horaire de nuit, c’est majoré. » Oui, elle négociait. Et oui, elle était dure en affaires. Elle avait été droguée, il avait pourri sa soirée, et en plus il l’avait beaucoup, beaucoup, beaucoup énervée. Alors la moindre des choses était qu’elle soit dédommagée. Et elle voulait être dédommagée correctement, elle voulait en avoir pour son travail, même si elle ignorait encore ce qu’allait être son travail. « Et je vais devoir faire quoi, pour ton ami ? » Parce qu’elle ne pouvait pas faire tout et n’importe quoi. Alors autant en parler dès maintenant pour mettre les choses au clair, non ? Plutôt que de se crêper le chignon une fois arrivés sur les lieux. Au moins, dans cette voiture, personne n’assisterait au drame.
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Alexander Perazzini

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MessageSujet: Re: what happens in Brighton, stays in Brighton Dim 10 Juin - 1:40

Alexander a la bonne humeur tenace. De celle qui ne s’efface pas sur un imprévu, qui lui grave un minuscule sourire en travers de la face. De celle un peu malsaine qu’il tire du méfait sans regret. Plus Decima se plaint, plus se sent en forme. Oh mon dieu, il devient sadique. Pas plus qu’un autre, mais il prend tout cela à la légère, ça lui évite de trop questionner sa morale. « Voir chez qui ? Les grecs ou le Diable ? » Peu importe, si l’Enfer existe il est déjà embauché pour le management. Si les grecs sont ce qu’on disait qu’ils étaient pendant son enfance, non merci. Question de principe, il n’est pas très fan de l’apprentissage par le cul, littéralement. Drôle de manière de faire pénétrer la connaissance. Son jeu de mots le fait sourire un peu plus une fraction de seconde. Parfois, il n’a pas 450 ans, il en a douze et ça lui donne un air tellement normal. Un air d’homme qui n’a pas plus vécu que les autres. Il déteste s’en rendre compte et il dégage le sourire qui ne lui va définitivement pas.

Il pourrait se moquer d’elle comme ça toute la nuit, s’écarter encore plus des routes principales pour s’enfoncer dans des chemins obscurs, et la prendre pour une conne jusqu’à ce qu’il soit l’heure de se cacher pour la journée. Est-ce qu’elle essayerait de le retenir dehors une minute de trop, juste pour se venger de son enlèvement ? Rien que pour ça, il est vraiment tenté de prendre le chemin à droite, éclaté par la boue et le passage des tracteurs. Que c’est morbide et excitant à la fois, de se promener en voiture avec une personne qui a toutes les raisons du monde de le vouloir mort, alors que lui la veut vivante. Et la veut tout court, peut-être, juste pas autant qu’il voudrait Marie à côté de lui, pour qu’ils rigolent ensemble d’une connerie ou qu’ils se menacent de mort sans jamais tenter le moindre mouvement hostile. Decima n’a pas cette subtilité, selon lui. Elle déteste ou elle aime, peu importe, mais elle le fait sentir. « Trouve un autre sujet de conversation et j’arrête de parler. » Le deal est simple, elle respecte ou il étale son business plan imaginaire jusqu’à ce qu’ils arrivent. Heureusement pour tous les deux, ils n’en ont plus pour longtemps. Le moment idéal pur lui parler de leur mission, donc.

« Les gens coopératifs n’ont pas besoin de laisse. » A bon entendeur, qu’elle en fasse ce qu’elle veut, le constat est offert. Si elle ne fait pas d’histoire, il n’y a pas la moindre raison pour que sa bonne humeur s’en aille. Alexander est d’un naturel vicieux, mais il a malgré tout besoin d’une raison, même fabriquée de toute pièce. Selon lui, c’est la seule preuve en sa possession qui n’en fait pas un malade mais un homme intelligent. « On enseigne le sens des affaires à l’école de police maintenant ? Tu rêves avec tes 60%, ça ne les vaut pas. » C’est du délire. Pendant un instant il songe même à rigoler. Parce qu’elle est forcément en train de lui faire une blague. Ou elle ne le respecte pas, il commence à avoir des doutes.  « Et je ne fais pas rien, je transporte la solution jusqu’au problème, solution que je pourrais jeter dans le coffre pour le restant de la nuit et abandonner. Ou abandonner son cadavre dans un fossé sur une route de campagne. Sinon, j’offre aussi le gîte et le couvert jusqu’à demain soir. » Qu’elle en profite, parce que rien ne l’oblige à le faire. Il a hésité à le faire et s’il n’y avait pas eu une infime probabilité de retrouver Marie sous toute cette naïveté, il aurait penché de l’autre côté sans le moindre remord. Ce soir, Decima échappe de peu au statut de mortel jetable comme il en a tant autour de lui. Des sorcières, il y en a d’autres. Mais il n’y a qu’une seule Marie.

Alexander ne serait pas contre négocier un peu plus, mais ils n’en ont plus vraiment le temps. Le vrai Brighton devra attendre un peu, qu’elle se contente d’en voir les lumières au loin. Eux, ils vont dans un village à quelques kilomètres, dans ce genre de zone abandonnée en périphérie, où les gens vivent en rois pendant la saison et pleurent les économies qu’ils n’ont pas pensé à faire une fois le froid installé. Peut-être que c’est vraiment une question de conjecture, toute cette misère, peut-être qu’il aime juste trop blâmer les humains. Il ne sait pas trop, il n’a jamais été pauvre. « Tu vas lui sauver la vie. » Non seulement c’est vrai, mais en plus il sait que les gens gentils s’attrapent comme ça, à grands coups de charité.

Même les lampadaires ne restent pas éveillés toute la nuit dans ce patelin. Le trou du cul du monde se situe à peu près ici. Même le charme bucolique propre aux britanniques a foutu le camp. « Je t’ai dit que je me lançais dans l’homéopathie. » Il arrête la voiture devant un hangar miteux qui accueille pourtant de quoi relancer toute l’économie locale. Devant, un petit homme attend, si enfoncé dans son manteau que dans la lumière des phares, il ressemble à l’un de ces monstres que l’on retrouve dans les légendes urbaines. Il attendra. « J’ai besoin que tu ailles là-dedans et que tu répares peu importe quelle absurdité ce monsieur a décidé de faire sur ses plantes. C’est vraiment important, tu comprends ? Si ce n’est pas réparable, il mourra. De ma main ou d’une autre, on verra plus tard. Mais tu comprends ? Je n’ai pas besoin de sortir la laisse ? » Il lui parle comme à une enfant, ça lui fait plaisir. Et puis ça lui permet d’expliciter correctement. Pas de surprise pour elle, pas d’accusation bizarre pour lui. Et tout le monde rentre tranquillement se coucher.
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MessageSujet: Re: what happens in Brighton, stays in Brighton Mar 19 Juin - 0:54

Les gens coopératifs n’ont pas besoin de laisse. Que c’est mignon. Et pourquoi devrait-elle être coopérative ? Etait-il son patron ? Son père ? Son meilleur ami ? Son copain ? Quelque chose, qui fasse qu’elle soit dans l’obligation d’être coopérative avec lui ? Ou alors, ses demandes étaient-elles au mois… Recevables ? Sa manière de s’y prendre, respectueuse ? Rien. Pas un seul oui dans le lot. Pas un seul critère n’était rempli. Donc, conclusion, elle n’avait aucune raison d’être coopérative avec lui. Et coopérative ou pas, qu’il s’ôte l’idée de la tenir en laisse de la tête. Elle n’avait pas qu’une crinière de lionne, la Decima, elle avait aussi son tempérament lorsqu’on la poussait dans ses retranchements. Et là, actuellement, le Alexander la poussait sérieusement à bout. « Non, c’est inné chez moi. Je ne descendrai pas en dessous de 60, c’est plutôt tes 40% qui ne valent rien. Je suis peut-être blonde mais pas conne, hein. Tu me fais bosser de nuit, de force et dans des conditions ubuesques, alors les 60%, ça les vaut largement. » Ce n’était que justice, elle n’allait pas lui laisser la plus grande part du gâteau alors qu’elle était celle qui trimait le plus dans l’histoire. Droguée, kidnappée, enfermée dans une voiture contre son gré… Elle mériterait jusqu’à 100%. Même si elle ne savait pas encore tout à fait pourquoi elle allait les mériter, en fait. « Très bien, le transport vaut largement 40%. T’as déjà vu un transport qui occupe 70% du budget ? T’es patron d’un bar oui ou non ? » Parce que là, c’était à son tour d’avoir des doutes concernant ses connaissances en gestion. Et encore, le pire restait à venir. La jeter dans le coffre pour le restant de la nuit et abandonner ? Ou abandonner son cadavre ? Decima finit par se tourner vers lui, le regardant avec de gros yeux. C’était une blague, là ? « Tu me menaces, maintenant ? Tu m’emmènes jusqu’ici pour me menacer ? » Okay. Dernière fois qu’elle traînait avec lui. Dernière fois. Après cet épisode, elle s’assurerait de ne plus jamais revoir son visage, une bonne fois pour toutes, quitte à changer de numéro de téléphone voire à chercher dans tous les bouquins de magie de Londres un moyen d’éloigner un vampire à tout jamais. Il était encore plus flippant et dangereux qu’elle ne le pensait. La menacer de la jeter comme dans un fossé, et il voulait encore qu’elle soit coopérative ?

Elle allait lui sauver la vie. La vie de qui, elle ne savait pas. Bon. Sauver la vie de quelqu’un, il n’y avait rien à connotation négative là-dedans, non ? « Ouais ouais. L’homéopathie et les conneries pharmaceutiques, là. » Le foutage de gueule qu’il lui avait servi pendant une bonne dizaine de minutes, en d’autres termes. Et dont elle se fichait pas mal, parce qu’il s’agissait globalement d’un lot de débilités sans queue ni tête. Encore maintenant, elle peinait à croire qu’il était sérieux et qu’il allait se lancer dans quelque chose du genre parce que ce n’était juste pas crédible pour un vampire spécial comme lui. « Réparer les plantes ? Je suis pas jardiniène, moi. » Elle soupira. Probablement qu’il faisait allusion à sa nature de chamane. Super. De chamane à jardinière au fin fond d’un village de la campagne profonde. Bon. Après lui avoir jeté un dernier regard noir, elle finit par sortir de la voiture en claquant la porte et, au passage, en marmonnant dans sa barbe tous les noms d’oiseaux qu’elle connaissait et qui lui étaient, bien évidemment, destinés. La laisse. De chamane à jardinière, de jardinière à chien, carrément. Elle finit par entrer à l’intérieur, suivant l’homme dans le hangar, tout en restant sur ses gardes. Elle ne faisait pas confiance à Alexander. Et à ses amis non plus. Sait-on jamais, peut-être s’agissait-il d’un guet-apens ? Même s’il n’y avait, à priori, aucune raison pour qu’il l’emmène jusqu’ici s’il voulait l’éliminer. Il avait eu tout le trajet pour le faire, après tout. Mais on est jamais trop prudent.

Une plante tropicale en danger, une serre de tout un tas de légumes… Decima s’attendait à tout, mais pas à ça. « Du cannabis ?! Mais putain ! » Des plants de cannabis. C’était des plants de cannabis. Alors qu’elle était flic. Flic. Et il l’avait emmenée jusqu’ici, pour réparer ces plants de cannabis. D’habitude, son rôle était de mettre les dealers en prison, pas de les aider à prospérer. Elle allait vraiment le tuer. Mais en attendant… En attendant, étant donné la situation… Si elle ne s’exécutait pas, elle allait avoir de gros ennuis. Et cet homme aussi, au passage, à en croire les dires de l’italien. Caractérielle, mais pas folle. Elle n’était pas en position de force, et elle le savait. Alors à contre-cœur, elle essaya de faire ce qu’elle pouvait, avec ce qu’elle connaissait. Et lorsque les plants reprirent vie et bonne mine, elle retourna dans la voiture. Toujours d’aussi bonne humeur. « J’ai fini. On peut y aller. » Elle entra dans la voiture, restant silencieuse quelques secondes... Avant de se lancer. « Du cannabis. Tu m'as ramenée jusqu'ici pour des plants de cannabis. »
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MessageSujet: Re: what happens in Brighton, stays in Brighton Mar 19 Juin - 17:20

Elle n’est pas dure en affaires. Du moins, pas autant qu’elle le croit. Mademoiselle demande 60% d’une somme inconnue et ne pense pas à la lui demander. Peut-être que demain, dans une enveloppe avec son nom dessus écrit à la plume parce qu’il aime le bruit de la pointe qui gratte le papier, elle n’aura que 10%. Tout ça parce qu’elle ne lui a pas demandé combien en premier. Parce qu’elle lui a laissé le temps de réfléchir à une autre somme. Marie aurait eu ce réflexe-là. Avant de demander où, pourquoi, elle aurait demandé combien. Le constat lui fait un peu mal au cœur en réalité. Elle n’est pas Marie, elle est une gamine qui se croit impertinente en rappelant que les clichés imaginaires sur les blondes ne s’appliquent pas à elle. La perspective de la mettre dans le coffre pour le reste du voyage ne paraît plus si absurde, maintenant qu’il comprend. Qu’est-ce qu’il espérait de toute façon ? Que l’esprit de Marie allait revenir pour s’excuser et lui promettre de servir ses intérêts. Peut-être même que cette histoire n’est qu’une connerie, que ça n’a jamais été vrai. Mais ça lui plait d’y croire un peu, d’imaginer qu’il l’a assez connue pour se dire « c’est tout à fait son genre » de tromper la mort pour revenir emmerder la planète entière. L’emmerder lui, éventuellement. Il n’a jamais été contre.
Que ce soit Decima qui s’en charge, en revanche, lui fait perdre progressivement sa bonne humeur. La parodie d’adrénaline qu’il a ressenti en mettant en pratique son plan parfait commence à s’en aller pour le laisser dans son état normal, sans patience ni scrupules. La nuit avait si bien commencé. Les bonnes choses ont toujours une fin. « C’est un constat. Si je devais te menacer, ça ressemblerait à ça : « Decima, ma belle, parle encore une fois et je m’occuperai moi-même de placer ta sœur en orphelinat. A moins que je l’élève moi-même ? » Là, ce serait une menace. » Le sourire est mauvais quand il la regarde une demie seconde avant de se concentrer sur la route. Il ne connait pas le nom de la gamine, n’a jamais vu son visage, mais il sait. Il sait que si quelqu’un avait évoqué l’une de ses sœurs, leurs parents ou leurs enfants, il aurait eu peur. Probablement plus que la nuit de sa propre mort.
« Si on avait eu besoin d’un jardinier, j’aurais pu le faire moi-même. Dépêche-toi un peu, je n’ai pas toute la nuit. » Il la laisse évacuer sa colère contre sa voiture pourtant bien innocente dans toute cette histoire et il entend le pauvre type couiner des excuses et des je-ne-comprend-pas sans discontinuer. Il a peur de mourir, ce soir. Alexander sort de la voiture un peu après, ignore le mortel qui lui tend la main en bredouillant des formules respectueuses et suit tout le monde dans le hangar. Cet endroit est dans un état déplorable, pire encore que la dernière fois. Oh boy, il sent la fin approcher pour le gardien du temple. « C’est médical. » il lâche un petit rire en se promenant le long des pots, s’offusque de les trouver mourant. On ne peut pas faire ça à une plante, c’est monstrueux. S’il n’était pas lui, il serait reconnaissant pour ce que fait Decima pour raviver un peu tout le monde. Comme elle n’a pas besoin de lui pour ça, il s’occupe de l’homme qui tente de disparaître. Il ne faut qu’une minute pour lui faire avouer son crime. Un produit miraculeux pour accélérer la croissance des plantes. Le vendeur lui a promis des miracles pour les géraniums de sa femme alors il s’est dit que ça ne pouvait pas faire de mal. Evidemment. « Dis merci à la dame, elle te sauve la vie. » Le bidon de complément a besoin d’être dilué. Très peu dans beaucoup, facile. Il y en a pour un an, peut-être deux, pourtant il est déjà à moitié vide.
Est-ce que cet homme sait lire ? Est-ce qu’il a vu la petite flamme dessinée à côté des avertissements ? Non, il la voit trop souvent pour y faire attention. C’est sans doute pour ça qu’il baisse la tête au lieu de supplier quand Alexander lui vide sa merde sur la tête avant de le faire sortir. La prochaine fois, Alexander apportera aussi l’étincelle. Il s’humanise beaucoup trop en ce moment, il se met à chasser comme eux, à tuer comme eux. Mais il préfèrerait passer sa vie entre les cuisses de la reine que de planter ses crocs dans un être aussi répugnant. Comme toujours, l’argent se cache à l’intérieur de sa poche intérieure, et c’est là qu’il retrouve l’enveloppe. Le truand le plus prévisible de la terre a envie de sangloter. Il n’a pourtant rien fait d’effrayant, si ? Non.
Alexander n’en a pas besoin et la sensation est en soi désagréable, mais il force un soupir en entrant dans la voiture. « Bien sûr que non. Je t’ai emmenée ici parce qu’une personne importante tient absolument à dominer le marché anglais d’ici un an. Et que je suis un serviteur beaucoup trop dévoué. Ça te pose un problème de conscience ? » C’est juste plus facile de lui présenter les choses à l’échelle locale, en lui parlant d’aider le type qui ose leur faire coucou quand ils repartent. La réalité est mille fois plus complexe et mille fois plus confidentielle. Aussi mignonne et inoffensive soit-elle, elle reste policière. « Est-ce-que tu as faim ? Ou soif ? » Parce que lui, oui. Le timing serré ne lui a pas laissé le temps de manger et il ne peut compter que sur le John local pour lui avoir gentiment rempli son frigo de sang volé.
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Decima L. Giaccherini

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MessageSujet: Re: what happens in Brighton, stays in Brighton Mer 20 Juin - 0:10

Elle est dure en affaires, mais elle a le sens des priorités. Et l’argent n’est pas une priorité, comme cela semble être le cas pour Alexander. Alors elle navigue entre ça, et son instinct primaire, c’est-à-dire sauver ses fesses. La priorité de Decima, c’est de se sortir d’affaire. De sortir de là, indemne, et avec toute sa tête. Elle n’en montrait rien, parce qu’elle était flic et que, mine de rien, à l’école de police, on leur avait plus ou moins appris à garder un semblant de calme dans les situations délicates… Mais elle ne lui faisait pas confiance, et elle ne se sentait pas en sécurité avec lui. Ce qu’il présentait comme de simples small talks étaient plutôt interprétés comme des menaces déguisées par la belle. Alors, oui, elle avait perdu son calme quelques fois, en haussant le ton – et elle continuerait sûrement à le faire pour le reste de la soirée, très peu probable que ça change, chassez le naturel et il revient au galop – mais, elle restait sur ses gardes. Et même si elle voulait sa part du gâteau, elle en reparlerait uniquement lorsqu’elle serait plus ou moins assurée que tout le reste était ok.  

« Tais-toi. Ne parle pas de ma soeur Perrazini, ou ça va très mal se passer. » Et c’était une menace. Elle n’était qu’une jeune sorcière, mais elle mettrait volontiers en application le peu de choses qu’elle connaissait jusqu’à la dernière goutte pour le remettre à sa place, s’il le fallait. Son visage s’était fermé, alors qu’elle le fusillait du regard. Sa voix avait changé, aussi. Sa sœur, tout mais pas sa sœur. Elle était ce qu’elle avait de plus précieux. Elle s’en occupait depuis qu’elle était bébé, elle était presque son enfant, elle l’avait vue grandir. Une gamine espiègle et joyeuse, humaine, qui n’avait rien à voir avec le surnaturel. Et Decima serait littéralement prête à tout pour elle. Tout. Elle n’avait pas confiance en Alexander, mais il ne lui faisait pas peur. Elle n’avait pas peur, Decima n’avait pas peur. Elle n’avait pas eu peur en se retrouvant enfant des rues puis ballotée d’orphelinat en orphelinat. Elle n’avait pas eu peur en finissant chez les Giaccherini, en subissant le même traitement qu’une machine de guerre, destinée uniquement à servir le clan et ses intérêts. Elle n’avait pas eu peur en fuyant avec Linda âgée de quinze ans seulement, quittant le domicile familial tout en sachant qu’ils se mettraient forcément à ses trousses. La peur ne servait à rien, Decima était déjà assez sanguine et impulsive comme ça, pas la peine d’ajouter la peur sur la liste, hein ? Être inquiétée, ne pas se sentir en sécurité, peut-être… Mais se laisser submerger par la peur ? Jamais. Pour Linda, elle tiendrait tête même au plus ancien et sanguinaire des vampires, et s’arrangerait pour lui arracher le cœur à mains nus même s’il fallait faire appel au plus diabolique des esprits pour ça. Pour Linda, elle n’avait aucune limite. Alors qu’il ne parle pas d’elle. Qu’il ne la mêle pas à tout ça. Et qu’il garde son petit air supérieur pour lui, parce qu’il n’impressionnait pas la sorcière. Le seul effet que ça avait actuellement sur elle, c’était la mettre en colère. Très en colère.

Si ça lui posait un problème de conscience… Oui. Le fait d’être avec lui plutôt que d’être chez elle à s’occuper de sa sœur lui posait un problème de conscience. Elle se contenta de lui jeter un regard en coin, sans rien dire de plus. « C’est adorable de t’inquiéter de mon bien-être. Mais non. » Il lui avait coupé l’appétit. Ni boire, ni manger. Elle voulait juste partir, quitter cet endroit le plus vite possible, et tant pis s’il fallait faire une croix sur la nourriture pour gagner de précieuses minutes. « Bon. On rentre maintenant ? » Elle avait déjà perdu assez de temps comme ça. Beaucoup de temps. Quelle idée d’aller le voir dans son bar, vraiment. Quelle idée de répondre à son appel, même. Résultat ? Kidnappée, droguée, et puis finalement menacée. Il avait parlé de Linda, ça avait été la phrase de trop, et il n’aurait définitivement jamais dû. Lui qui connaissait si bien Marie, avait-il oublié qu’elle décimait jadis des clans entiers lorsque l’un des leurs osait s’en prendre à l’un des siens ?

« Maintenant, l’argent. Il t’a donné combien, dans l’enveloppe ? Tu vas sûrement mentir, mais allez, dis quand même. » Parce qu’elle avait vu l’enveloppe, oui. Et elle n’était pas dupe. A priori, Alexander n’était pas du genre très honnête. Il ne la laisserait très probablement jamais accéder à l’enveloppe, alors il pouvait inventer ce qu’il voulait, lui dire la somme qu’il souhaitait. En fonction de sa réponse, elle adapterait sa part en pourcentages, tiens. De toute manière, il allait être le gagnant dans cette histoire. Ce n’était que partie remise.»
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MessageSujet: Re: what happens in Brighton, stays in Brighton Jeu 21 Juin - 19:42

L’argent n’est pas une priorité en soi. Avoir de l’argent fictif dans un coffre fictif, protégé par un système fictif, Alexander s’en fiche. L’argent n’existe pas plus que sa morale mais tout le monde y croit et c’est l’essentiel. La vraie fin, ce n’est pas la voiture de sport, la villa, les fringues hors de prix et les réceptions endiamantées. La vraie fin, c’est le pouvoir. En entrant dans une pièce, une arme à feu braquée sur le premier mortel à portée de main, le monde s’arrête. Pouvoir. Une femme magnifique bat des cils, le monde s’arrête. Pouvoir. Ce qu’Alexander veut dire, c’est que l’argent fait tourner les yeux vers celui qui en a le plus. Pouvoir. Quand le monde s’arrête pour regarder, juste le temps d’enregistrer l’information, juste une seconde à peine, le pouvoir s’installe. L’arme, la beauté, l’argent, ce sont des chemins qui se valent tant qu’à la fin, la vraie fin, quelqu’un règne parce que les autres lui ont donné le pouvoir. La vraie fin, c’est juste la confiance aveugle que les autres sont obligés de placer en lui.
C’est uniquement pour cette raison qu’Alex rend service à un agriculteur local sans envergure qui se croit investi d’une mission sacrée parce qu’un homme nommé sobrement Audi Man lui a laissé une chance de ne pas crever dans son village. Audi Man, c’est celui qui doit détourner le regard, à la fin. C’est lui qui doit arrêter le monde pour regarder Alexander et lui donner le pouvoir. Parce qu’Audi Man ne possède rien d’autre que son argent, ses trafics et ses contacts. En choper un, choper tout le monde. Il n’en a pas besoin mais il préfère prévenir. Un jour, il aura peut-être besoin que son avion garé dans un hangar au Honduras pour disons, par hasard, envoyer des armes dans un pays du Moyen-Orient. Tout ça parce qu’il aide un péquenaud maintenant et avec le sourire pour qu’Audi Man gagne quelques milliers de livres. Un certain nombre d’étapes intermédiaires dont on chuchote à peine le plan, et Alexander Perazzini devient le bienfaiteur inespéré d’une nation ou d’une autre.
L’enveloppe, elle pourrait la garder toute entière. Mais s’il fait l’erreur de la lui donner, au feu la confiance qu’elle serait obligée de placer en lui. Ça a trop de valeur pour qu’il y renonce. « Pas la moindre idée, on verra en arrivant. Ne sois pas si vénale, ça te rend moins sexy. » Il ignore le reste parce qu’il n’est pas du genre à se forcer quand il s’en fout. Non, ils ne rentrent pas et qu’est-ce-que ça peut changer pour elle ? Rien, parce qu’à moins de sauter de la voiture maintenant, elle est obligée de le suivre. Au lieu de filer vers le Nord, ils s’approchent des côtes et des lumières de la ville. Dans quelques heures à peine, il fera jour et elle pourra profiter du paysage. Elle profitera pour deux.

Il n’a pas remis la musique. Maintenant qu’elle est réveillée, c’est beaucoup moins drôle. « Je ne touche pas aux enfants. Pas besoin de me regarder comme ça, Giaccherini. » Ça sort sur le ton de la confession alors qu’ils croisent enfin le panneau d’entrée dans la ville. Les gens imaginent que les monstres n’ont pas de morale parce que ça les arrange de croire qu’ils valent beaucoup mieux que ça. Tout ça pour ne pas avoir à supporter le fait qu’en réalité, les plus gros monstres ne sont pas ceux qui vivent la nuit, mais ceux qu’ils croisent le matin en allant au travail. Ça doit la rassurer, de se dire qu’Alexander pourrait effectivement s’en prendre à sa petite sœur. Peut-être que ça lui évite de penser que n’importe qui en réalité, pourrait le faire. « Quel âge elle a ? » Que quelqu’un le jette au feu maintenant parce que ce serait préférable que cette curiosité presque trop sincère qui envahit la voiture. Il n’y peut rien, il a toujours été trop concerné par les mômes. Pas ceux du bout du monde qui pourraient éventuellement souffrir de ses magouilles, cela dit. L’apparente humanité à des limites.
Brighton ne profite pas de la nuit comme Londres sait le faire. Les rues sont vides à cette heure et il est sûr que l’on ne peut entendre que la voiture. Peut-être qu’il a réveillé un ou deux insomniaques. Ça le fait plus sourire que culpabiliser. Les petits plaisirs de la vie sont les plus beaux. Faire peur à un minable, mettre une jolie fille en colère, réveiller des pauvres humains. Simple mais toujours efficace. « Tu es sûre de ne pas vouloir manger ? » Là où il vient de s’arrêter, une seule vitrine brille toujours au milieu des autres. Dans un petit coin, un petit homme voûté et aux yeux épuisés fait certainement une petite prière pour que des clients arrivent enfin. Alexander a presque de la peine pour ce petit monsieur qui ne fait qu’attendre, les yeux fixés sur eux avec une émotion qui se rapproche de l’espoir. A croire qu’il n’a que l’attente dans sa vie. Pour la convaincre, Alexander sort l’enveloppe de sa veste pour en tirer un billet de cinquante livres pour elle, sans regarder le reste du contenu. Par élégance, il ne l’inclura pas dans sa part.
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Decima L. Giaccherini

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MessageSujet: Re: what happens in Brighton, stays in Brighton Mer 11 Juil - 21:04

« Ça tombe bien, j’ai jamais voulu être sexy. Surtout pour toi. » Quoi ? Autant être honnête. Qu’est-ce qu’elle s’en fichait d’être plus ou moins sexy, qu’il la trouve plus ou moins sexy. Elle avait d’autres priorités dans la vie, fort heureusement, et il n’en faisait pas partie. Elle avait beau tourner l’histoire dans tous les sens, elle ne comprenait vraiment pas ce qu’elle fichait là, bon sang. Pourquoi. Juste pourquoi. Pourquoi être là quand elle pouvait être partout, ailleurs, et surtout chez elle. Elle avait définitivement dû faire d’horribles choses dans ses vies passées, pour avoir un karma pareil. Ce n’était pas normal, si peu de chance, des situations qui tournent au vinaigre, même lorsqu’au départ elle essayait juste d’être généreuse et de bien faire. Plus jamais elle n’aiderait personne, pour la peine. Plus un vampire, en tout cas. « Je te connais pas, et je ne te fais pas confiance. Alors mieux vaut prévenir que guérir, comme on dit. » Il avait plutôt intérêt à ne pas toucher aux enfants, oui. Surtout pas à sa soeur. C’était toute sa vie. Et elle préférait bien lui faire comprendre que l’approcher serait réveiller une part bien plus sombre de sa personnalité, qu’il semblait plutôt bien connaître qui plus est, pour l’avoir beaucoup fréquenté il y a de cela quelques siècles. Sa famille était toute sa vie. Et sa famille se résumait à Linda. Oui, il y avait Septimo, leur grand-frère, mais justement, lui était grand, lui était puissant, savait se protéger tout seul et était même celui qui les protégeait… Elle s’inquiétait pour lui, régulièrement, mais il était capable de se gérer seul. Linda, par contre, avait besoin d’elle, était dépendante d’elle, n’avait qu’elle. Elle n’avait connu qu’elle, depuis bébé. Et Decima comptait bien tout faire pour qu’elle ait une vie normale, tranquille. Elle était chamane, elle était flic, elle était tout sauf normale, mais Linda était humaine, et méritait de vivre comme une humaine lambda. Tout, sauf l’impliquer dans ses affaires et dans ses problèmes qui ne la concernaient pas. « … » Maintenant il demandait son âge ? Decima ne savait pas comment interpréter cette curiosité… Sincère, ou mal placée. Elle lui jeta un regard du coin de l’oeil, hésitant un moment, avant de finalement répondre. « Dix ans. » Une gamine de dix ans, pleine de vie, qui adore les soirées pizza devant la télé, et qui avait dû passer sa soirée avec une amie de sa soeur plutôt qu’avec sa soeur, devant la télé en mangeant une pizza… Mais qui pourtant le lui pardonnait, en pensant qu’elle était avec un copain, un petit-ami, parce qu’elle voulait que sa soeur ait un amoureux et qu’elle soit heureuse, quitte à rater une soirée pizza cinéma avec elle. Cette gamine était bien trop précieuse pour que Decima laisse qui que ce soit l’approcher, ou lui faire du mal.

« Je t’ai dit que j-… » Elle n’en voulait pas, de sa putain de nourriture, la seule chose qu’elle voulait était rentrer. Enfin, jusqu’à maintenant. Jusqu’à se retrouver nez à nez avec ce vieux monsieur, qui la fixait comme le Messi, guettant la portière de la porte. Il était seul, n’avait aucun client et… Et Decima était beaucoup trop bonne. Même si elle s’en fichait totalement de la nourriture, pour le coup, elle ne s’en fichait pas de ce vieux monsieur. Il travaillait probablement pour nourrir sa famille, ou alors pour réussir à joindre les deux bouts en fin de mois, à cause d’une retraite beaucoup trop maigre. Cinquante livres, elle avait cinquante livres, et lui attendait. Après un énième regard noir jeté à Alexander, elle lui arracha presque le billet des mains avant de sortir, souriant au monsieur et entrant à l’intérieur de la petite supérette. Ce serait sa bonne action de la journée. Une bonne action faite de sandwiches, de salades, de gâteaux, de chips, de boissons, de pâte à tartiner, de quelques bières, et même d’un jouet pour Linda. Il lui avait filé cinquante livres, elle avait dépensé cinquante livres, jusqu’au dernier centime. Ou presque. Les quelques livres restants, elle les déclina et se contenta de dire au monsieur qu’il pouvait les garder. Elle avait voulu bien faire les choses, jusqu’au bout. Et bien qu’elle n’avait pas besoin de toute cette nourriture… Eh bien, au moins, une partie du chiffre d’affaire du monsieur était faite maintenant, non ? « J’ai fini. On peut y aller. » Elle mit tout à l’arrière de la voiture, avant de retourner sur le siège passager, d’humeur aussi exécrable qu’auparavant. Rien n’avait changé, strictement rien, sauf qu’ils étaient allégés de cinquante livres, et qu’ils avaient des provisions pour plusieurs nuits. Même si elle espérait n’en passer qu’une seule avec lui. Une seule, et c’était déjà beaucoup. Plus que quelques heures, plus que quelques heures. « On va où maintenant ? » Pas à Londres, elle savait, elle avait compris, mais elle voulait vaguement savoir où, tout de même. « Je suis fatiguée et j’ai besoin de dormir. J’ai eu une longue journée. » Une longue journée qui s’était terminée par sa visite au bar, dans l’idée de l’aider. Plus jamais. Plus jamais.
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MessageSujet: Re: what happens in Brighton, stays in Brighton Jeu 12 Juil - 19:06

« Tu me brises le cœur. Sincèrement. » Il ment tellement souvent qu’à la fin, il oublie ce qui est vrai. La sincérité, il sait plus si ça existe ou si c’est juste un truc comme les dieux, auquel on croit pour se sentir mieux quand tu sens bien que ça part en couilles. Compte vide, répertoire vide, maison vide, mais au moins la dernière vertu dans le fond des yeux, aussi réelle qu’une prière contre les lèvres. Le tout, c’est d’y croire et Alex ne sait plus. Peut-être que son cœur est brisé sincèrement juste parce qu’il le dit. Ou peut-être qu’il se moque d’elle qui en a un, de cœur, quand lui n’a qu’une immense crevasse à la place du palpitant. Non, la sincérité n’existe pas quand dans ses yeux il alterne entre moquerie et dédain courtois, le genre regard noble des films historiques, greffés sur le visage de femmes à perruques enfarinées. On y est. Alexander à la sincérité d’une reconstitution historique hasardeuse portée sur grand écran arce que le public aime le drame. En fait, elle lui brise malhonnêtement le cœur, ou peu importe ce qu’il a à la place. Parce qu’elle ne veut pas être sexy pour lui. Parce qu’elle ne veut pas lui faire confiance. Parce qu’elle s’obstine à le voir exactement comme il est, un connard cruel qui vendrait femme et enfant pour un zéro de plus sur le chèque. « Dix ans. Sa vie va commencer à devenir intéressante. » A dix ans, il n’était même pas l’embryon de l’enfoiré légendaire qu’il est aujourd’hui. A dix ans, il pleurait quand sa mère refusait d’adopter un chien errant et il se battait avec une épée en bois contre ses sœurs qui gagnaient toujours. A dix ans, il faisait déjà les mauvaises courses pour son père au marché. Elle en a de la chance, sa sœur, d’avoir dix ans et de ne rien comprendre à tout ça, de ne pas être l’embryon de quoi que ce soit de négatif. Il en serait envieux s’il était moins vieux et s’il avait une vie de merde. Dieu l’en préserve, ce n’est pas le cas et l’honneur est sauf. Autant que le bien-être de la gosse, puisqu’au risque de se répéter. Il. Ne. Touche. Pas. Aux. Enfants. Ceux des pays développés, en tout cas, les autres sont bien trop loin pour qu’il s’en préoccupe. Il est comme ça, Alexander, il a la conscience locale, l’amour de son prochain tant qu’il le voit. C’est difficile de trop heurter une pauvre âme que l’on rencontre. C’est pour ça qu’il mime le regard d’un cocker pour la convaincre de ne pas laisser le pauvre homme seul une minute de plus. Aussi faux que sa sincérité, la supplique silencieuse pour qu’elle vire de sa caisse et qu’elle aille dépenser de l’argent qu’il ne lui appartient pas. Lui ne sort pas, ne cherche même pas à essayer de l’accompagner. Si elle se sauve, tant mieux pour elle. Si elle revient, tant pis pour lui. C’est aussi simple que ça, parfois.

Perdu dans son attente, presque mort à fixer droit devant lui, à réfléchir à moitié, rêver de l’autre, sans faire le moindre mouvement, il relève à peine quand elle signe son retour d’un claquement de porte qui n’a rien de nécessaire. Parce qu’il ne veut pas avoir l’air de dépendre d’elle il ne bouge pas plus maintenant qu’il sent sa présence à ses côtés. C’est lui qui décide. De tout. Et même si ça a l’air arbitraire ou complètement inutile. Les relations se font souvent sur ce genre de détails, a-t-il appris. En général dans un lit, mais il ne veut pas être exigeant. « Chez moi. Pas très loin de la plage. » C’est un euphémisme. Techniquement, on voit la mer, on sent le sel et on entend crier les mômes qui font tomber leur glace. Lui perçoit tout ça, mais il ne sait pas si ce sera son cas parce qu’il ne se souvient pas de comment on vit les choses autrement. Il a acheté cet appartement inutile sur un coup de tête, juste par orgueil, juste pour le plaisir de montrer un peu plus qu’il pouvait payer cash. Certains jours, il ne vaut pas mieux qu'un enfant de dix ans. Il ne s’en sert même pas comme lieu de pèlerinage, pour venir se ressourcer quand Londres l’emmerde. Il en a laissé la gestion à quelqu’un d’autre et ça lui arrive de stocker les personnes qui en valent la peine le temps d’obtenir d’eux ce dont il a besoin. A l’intérieur tout manque de vie, ça sent presque le neuf quand il ouvre la porte. Pire qu’un hôtel à la décoration hospitalière venue du Nord. Il aime ça, il n’y a pas de distraction. La seule forme de vie est une plante verte un peu mourante, preuve que l’esclave local n’a pas fait son boulot. Ça le rend presque triste de sévir. Il aurait préféré le récompenser, à l’occasion. « Ne fais surtout pas comme chez toi. » Il l’invite quand même à poser son sac de course dans la cuisine – sac qu’il n’a pas daigné prendre pour être galant, ils sont bien au-dessus de ça. « Un verre de rhum, peut-être ? » Son sourire est beaucoup trop fier de sa blague mais qu’importe, il ne cherche même plus à la duper.
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Decima L. Giaccherini

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MessageSujet: Re: what happens in Brighton, stays in Brighton Sam 21 Juil - 2:17

« Je préférerais justement que sa vie ne devienne pas trop… Intéressante. » Elle s’inquiétait pour elle, ce qui était normal. Elle s’inquiétait pour elle parce qu’elle était flic, et qu’elle passait sa journée à résoudre des crimes en tous genres, à passer en revue des horreurs toutes les unes plus glaçantes que les autres. Elle s’inquiétait pour elle parce qu’elle était une sorcière, impliquée dans le surnaturel malgré elle, qu’elle avait été en plein milieu d’un attentat, qu’elle assistait à une guerre désormais ouverte entre vampires, sorciers, humains, et organisations secrètes décidées à bien exterminer tout ce qui n’était pas simplement et uniquement humain. Désormais, il y avait des registres, des recensements selon les races, elle était elle-même recensée en tant que sorcière, n’était plus considérée comme une humaine et… Elle trouvait la tournure que prenaient les choses particulièrement inquiétante. Alors elle s’inquiétait pour elle. Elle s’inquiétait parce que le monde dans lequel elle grandissait, dans lequel elle vivait, n’avait jamais été gentil, doux, et l’était encore moins désormais. Elle espérait sincèrement la garder la plus éloignée possible du surnaturel en tout cas, elle était humaine, juste humaine, elle n’avait pas besoin de se mêler à tout ce que Decima faisait ou vivait, elle devait vivre sa vie d’humaine, entourée d’humains, et rien d’autre.

Ils allaient chez lui. Bon. Tiens le coup Deci, dans quelques heures tout ça serait terminé. Et elle pourrait retourner à Londres, chez elle, et s’arranger pour ne plus le croiser pendant aussi longtemps qu’elle le pourrait. Bon sang qu’il la frustrait et l’agaçait, ce type. Il ne respirait même pas et pourtant il lui pompait franchement l’air. Mais, c’était bientôt fini. Elle avait fait ce qu’il lui avait demandé, la mission était terminée, donc bientôt, très bientôt, leurs chemins se sépareraient pour son plus grand bonheur. En attendant, elle allait devoir le supporter encore un peu, et supporter ses manières qu’elle trouvait fort fort étranges. Comme ne pas bouger et ne pas faire à marche alors qu’elle était dans la voiture, ou comme être simplement chiant et insupportable et imbuvable H24. Pourquoi fallait-il que la majorité des vampires aient une case en moins quelque part ?

« Je ferai pas comme chez moi non, parce que ce n’est pas comme chez moi, heureusement. Ca respire la joie de vivre ici, dit-donc. » Cet endroit était aussi mort que lui, en fait. Il ne manquait plus que le cercueil en plein milieu de la place et ce serait parfait. Il n’y avait pas la moindre trace de vie, à part une plante en train de rendre l’âme. Fait assez triste d’ailleurs, pourquoi mettre une plante dans un lieu non habité et visiblement très peu visité ? Et la laisser agoniser seule entre quatre murs. Decima était chamane, proche de la nature, et c’est dans ce genre de situation que son côté très éco-friendly ressortait le plus. Elle posa le sac de course dans la cuisine - qu’elle avait porté seule parce qu’elle n’avait, de toute manière, pas attendu un seul instant qu’il agisse de manière galante ou quoi que ce soit. Le point positif dans l’histoire, c’est qu’elle n’attendait strictement rien d’Alexander en fait. Rien. Pas même qu’il ait un comportement un minimum acceptable. « … Haha. Quel humour. » Elle roula des yeux à sa proposition, avant de sortir du sac une bouteille de rhum qu’elle ouvrit, un grand sourire sur le visage, avant de boire une longue gorgée à même le goulot. Plus jamais elle n’accepterait quoi que ce soit venant de sa part, surtout pas un verre. Puis, elle la referma, la prenant avec elle sous le bras - histoire de bien lui signifier qu’elle avait zéro confiance en lui - alors qu’elle allait vers la plante. Elle lui faisait beaucoup trop de peine, à être dans cet état-là. « Pourquoi tu laisses une plante dans cet appartement ? Personne ne vient l’arroser, non ? Ca sert à rien. » Elle s’accroupit devant elle, se contentant de glisser sa main sur son feuillage. En quelques secondes à peine, et là voilà qui retrouvait toute sa splendeur, comme si elle avait à la fois pris un bain de soleil, d’eau et de vitamines en tous genres. Soigner les plantes, c’était ce que Decima maîtrisait le mieux pour le moment, quasi-intuitif, à défaut de contrôler réellement ses pouvoirs. « T’as une chambre d’ami dans cet appartement, un clic-clac, quelque chose d’autre qu’un cercueil ? » Elle était fatiguée, elle avait usé beaucoup trop d’énergie et elle avait perdu assez de temps comme ça. Elle retourna prendre un sandwich dans le sac en plastique avant d’aller s’asseoir, attendant sa réponse.
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Alexander Perazzini

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MessageSujet: Re: what happens in Brighton, stays in Brighton Dim 29 Juil - 23:51

« Elle ne restera pas une enfant éternellement. » Les enfants sont condamnés par la plus grande des malédictions dont dispose la nature. Ils grandissent, ils s’éloignent, et à la fin ils créent une autre vie plus intéressante que celle que l’on souhaitait leur offrir. Il le sait parce qu’il a connu ça deux fois. La première avec la femme sans prénom, maman ou ma mère, celle du sein et des larmes au moment de lui dire au revoir. La deuxième avec la putain prétentieuse qu’était Iseut. Il couchait avec celle-là mais il l’a laissé de la même manière. Les enfants trahissent toujours leurs parents et parfois, ça implique de livrer leur carcasse à quelqu’un de plus fort pour s’autoriser à partir en laissant leurs squelettes là où ils sont le mieux, dans un placard.

– Parfois il pense à Elle et il espère qu’Elle est morte. Salement. Qu’il est le seul à se souvenir d’Elle par générosité. Qu’Elle a hurlé si fort le moment venu que ses cordes vocales ont lâché. Dieu, ce qu’il peut encore aimer cette femme. –

A Brighton les squelettes se cachent trop bien ou Alexander les a perdus en route, il ne sait pas trop. Il n’y a rien à découvrir, rien à voir, peut-être même rien à sentir, si c’est son truc. L’appartement en bord de mer est aussi vivant qu’une suggestion de présentation Ikea. Tout là-dedans est à peu près aussi mort que lui et il n’y a même pas de poussière pour sous-entendre que parfois, les choses bougent un peu. Cet appart lui ressemble un peu trop pour qu’il aime y passer du temps. « Pourquoi ça devrait être joyeux ? » Pourquoi est-ce-que tout devrait toujours avoir l’air heureux ? Les gens sont si tristes qu’ils n’ont que ça pour se rassurer. C’est presque mignon, au fond, de rechercher toujours la solution ailleurs, dans un plaid mal jeté sur le canapé ou dans un livre corné qui traîne sur la table basse depuis un peu trop longtemps. Alex n’a pas besoin de ça et son appartement non plus. Elle fera avec et elle fera bien, ou elle partira et il n’en aura, honnêtement, pas grand-chose à foutre. Elle a déjà fait ce pourquoi elle a été embauchée de toute façon. « Ne te gêne pas pour la ranimer si ça te chante, pas sûr que le John pense à l’arroser la prochaine fois. » Pas sûr qu’il lui laisse le temps d’y penser à nouveau. Il ne demande pas grand-chose aux humains qui se retrouvent à le servir. En fait, il ne leur demande même pas d’avoir un prénom, un sexe, un âge. Rien d’autre qu’être John dès qu’il en a besoin. Et celui-là n’a qu’une mission quand il n’est pas dans le coin : arroser la plante. C’est l’assurance que le lieu est entretenu plus qu’un caprice d’homme riche. La prochaine fois qu’il le croise sera aussi la nuit de la recherche d’un remplaçant. Dommage, il l’aime probablement bien, l’anonyme local, il a pensé à lui procurer du sang sous plastique avant d’aller se terrer dans Dieu sait quel rad pour se camer le plus loin possible de son maître. Il a senti au téléphone que le gosse était terrorisé à l’idée de le savoir à Brighton ce soir.
Il n’a pas trop suivi ce que Decima faisait, avant et après qu’elle lui parle du seul truc important de son appartement. La preuve est qu’en réalité, elle se sent comme chez elle parce qu’elle a bougé, vécu, jugé et qu’elle est gentiment installée en train de manger un sandwich industriel. Avec plus de temps et de moyens, il lui apprendrait à être aussi sage que le pauvre homme dont elle a sauvé la vie. « Tout pour que je ne te fasse pas mal au dos. Pas sûr que ce soit suffisant pour te faire oublier le mal de tête à cause de ton rhum bas de gamme demain matin, cela dit. La literie n’est pas si parfaite que ça m’a-t-on dit. » Il n’est pas un rustre non plus, avoir un endroit décent pour dormir est à la base de l’hospitalité. S’assurer de la satisfaction d’un invité également et il a déjà deux-trois propositions. L’idée qu’après tout ça, après lui avoir forcé la main pour en faire un outil, après l’avoir emmenée jusqu’ici, après l’avoir mal considérée depuis leur rencontre, elle se laisse avoir une fois de plus lui plaît beaucoup trop. Il ne la veut pas vraiment, il veut Marie qui se cache quelque part à l’intérieur d’elle. Peut-être que son sang a le même goût. Ou au moins un goût meilleur que le sous-vide obtenu tout à fait illégalement qui traîne dans le frigo. En attendant il la laisse manger. Les humains sont bien plus supportables le ventre plein, et il va vérifier la nouvelle vie de sa plante verte. « Tu sais, je vais finir par t’embaucher sur le long terme. Le John n’est plus au niveau et l’autre n’en a plus pour longtemps de toute façon. Les humains sont vite obsolètes. Toi, tu serais sans doute un bien meilleur investissement. Plus agréable, au moins. » Ca a l’audace de le faire rire alors qu’il retourne dans la cuisine, et que la main qui effleure la nuque de la jeune femme quand il passe derrière elle se fait à peine discrète, beaucoup trop lente et beaucoup trop révélatrice de ce qu’il attend d’elle. Maintenant.
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Decima L. Giaccherini

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MessageSujet: Re: what happens in Brighton, stays in Brighton Lun 30 Juil - 22:08

La vie. La vie était vraiment bizarre. Grandir, avoir un petit-ami, puis avoir un mari, avoir des enfants. Decima avait vingt-cinq ans, et elle n’avait rien de tout ça. Elle n’avait pas de compagnon, elle peinait toujours autant qu’avant avec les relations sociales même si elle le cachait bien, même sa petite-soeur s’en rendait compte en lui demandant régulièrement quand est-ce qu’elle allait se trouver un amoureux. Et puis, enfants… Elle avait sa petite-soeur. C’était une enfant. Mais Decima se différenciait déjà des autres schémas plus classiques avec ça : depuis ses quinze ans, elle était la tutrice légale, la maman de substitution, d’une petite fille. Et c’était énorme. Enorme. Elle… Plus le temps passait, moins elle avait l’impression d’être normale. Le fait de se savoir chamane n’arrangeait pas les choses, en fait. Elle l’avait pensé, mais non. Elle se sentait toujours aussi… Aussi étrange. Pas comme les autres. Et elle avait peur, un peu. Elle avait peur de ce que l’avenir lui réservait. Elle avait peur de ce qui l’attendait. Parfois, elle avait le sentiment que sa vie ne serait jamais comme celle de monsieur et madame tout le monde, et que… Et qu’elle se terminerait de manière tout aussi anormale. Peut-être était-ce le ressenti de Marie en réalité, bien cachée mais qui ne s’était jamais remise de son destin tragique, qui craignait qu’il la poursuive, une fois de plus, dans cette nouvelle vie. C’était juste… En fait, parfois, pour Decima, c’était juste un peu trop. Tout était trop.

Et cette soirée, cette soirée était définitivement de trop. Qu’est-ce qu’elle faisait ici. Les gens normaux… Les gens normaux ne terminaient pas dans de telles situations. Pourquoi fallait-il que ça lui arrive ? Comme pour lui rappeler une fois de plus, pour lui montrer une fois de plus, qu’elle n’était pas comme les autres et que cela se ressentirait jusque dans la manière dont elle passerait ses soirs de repos.
Avant d’aller s’asseoir, elle avait ranimé la plante. Car c’était criminel de la laisser ainsi dépérir. Elle ne pouvait pas juste assister au spectacle, sans rien faire, les bras croisés. Peut-être était-ce ça son problème, à Decima. Incapable de se mêler de ses affaires, incapable de ne pas mettre son nez partout, ce qui lui valait bien évidemment toujours, constamment, à chaque fois, des soucis. Mais elle ne pouvait pas s’en empêcher. Instinct de flic, difficile d’aller contre ça. Et encore une fois, elle comptait se mêler de quelque chose qui ne la concernait pas. Parce que la vie de quelqu’un d’autre, son existence, le sort qu’on lui réservait, ne la concernait pas, non ? Mais Decima était Decima. Et ça la rendait dingue.

L’insensibilité des gens la rendait dingue. L’insensibilité des vampires encore plus. Decima avait toujours été très… Très ouverte d’esprit, disons, concernant toutes les races. Chamane, mais qui offre le bénéfice du doute à tous, aux humains comme aux sorcières, aux initiés, aux loups comme aux vampires. Les vampires. Ils étaient détestés par beaucoup, mais pas par elle. Car il y avait du bon et du mauvais chez tout le monde, non ? Il ne fallait pas les stigmatiser, surtout pas. Sauf que. Sauf que là, Alex avait dépassé les bornes. Alex avait largement dépassé les bornes. D’abord ses paroles. Puis ses gestes.
Ce qu’il avait dit d’un air nonchalant lui avait pourtant, à elle, glacé le sang. John, l’autre homme… Les humains, vite obsolètes. A croire qu’il était question de machines, et non pas d’être vivants, avec des amis, avec une famille, avec… Avec une routine, un quotidien, une vie. La vie était si précieuse, pourquoi était-il en train d’en parler comme s’il s’agissait de la chose la plus insignifiante qui soit ? Lui avait la vie éternelle, ou plutôt, la mort éternelle, mais ce n’était pas le cas de John, de l’autre homme, d’elle. Déjà, Decima cessa de manger, se retrouvant piquée à vif. Mais sa main, glissée sans aucun scrupule contre sa nuque, un geste à priori si banal mais qui, ici, lui semblait soudainement tendancieux. Trop. C’était trop. Elle frissonna, mais ce n’était pas un frisson de plaisir. Loin de là. Plutôt d’effroi. Un sentiment de malaise l’avait envahie. Il n’y avait pas que John et l’autre homme, qui n’avait pas même droit à un nom, qui étaient considérés comme des machines. Elle aussi. Elle aussi l’était. Un pion de plus, sur l’échiquier. Une poupée de chiffon, un pantin, qu’il avait utilisé à sa guise, et qu’il cherchait à user jusqu’à la moelle, pour le reste de la soirée. Il n’avait pas la moindre trace de respect, de considération pour elle. Ce n’était pas étonnant, loin de là. Mais à ce point. … A ce point ?! « Et tu trouves ça drôle ? Tu trouves ça drôle. » Ce n’était pas une question. C’était juste une constatation. Il trouvait ça drôle. Il trouvait vraiment ça drôle. Drôle de jouer avec les gens. Drôle de jouer avec elle. Drôle de parler d’elle comme d’un bon investissement, d’un investissement agréable. « Pourquoi t’es comme ça ? Pourquoi t’es aussi… » Elle ne trouvait pas les mots, mais elle avait fini par balancer le sandwich comme la bouteille sur le sol, pour se lever et se tourner vers lui. « C’est monstrueux. Obsolètes. Les humains sont obsolètes. Mais putain ! L’autre homme n’en a plus pour longtemps, tu vas le jeter à la poubelle comme un jouet dont les piles ont lâché, c’est ça ? En fait, on est tous des jouets, pour toi. Eh bah tu sais quoi ? Va te faire foutre. Toi, et toute ta putain de race. Pourquoi vous pouvez pas faire preuve d’un minimum de compassion pour les autres, hein ? Pourquoi t’en es pas capable ? John, l’autre, moi. On a tous fait quelque chose pour toi. Mais on est que des investissements, hein. Et moi, un investissement agréable. Agréable, tu fais pas allusion à mon incroyable personnalité en disant ça, non, ce serait beaucoup trop beau. T’es vraiment… Tu me dégoûtes. Toi, les autres, tous ! Garde ton fric, j'en veux pas, je me casse ! » Elle s'était dirigée vers la porte, essayant de l'ouvrir tant bien que mal, mais sans succès. Elle en avait marre. Elle saturait. Elle avait accumulé, accumulé, accumulé depuis tant de jours, de semaines, de mois. Et avait fini par exploser.
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Alexander Perazzini

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MessageSujet: Re: what happens in Brighton, stays in Brighton Mer 15 Aoû - 21:13

L’humanité a une date de péremption et ce n’est pas lui qui imprime les chiffres au dos de l’emballage. La vérité, c’est que l’humanité se débrouille toute seule comme une grande pour se saboter. La vérité encore, c’est qu’elle aime ça d’une passion masochiste et violente. La vérité toujours, c’est qu’elle déteste l’entendre. Parce que l’humanité, elle consent sans le dire, elle ne veut pas l’avouer, surtout pas, parce qu’on parle pas de ses vices. A la place on essaye de trouver une place pour tout le monde et on se perd dans des jolies considérations pour son prochain. Mais Alex, il n’a pas le temps pour ça, peut-être pas envie non plus. Les existences qui arrivent à terme, elles ne rapportent rien. Au lieu de les garder par pitié dans un fond de placard en attendant qu’elles disparaissent spontanément par miracle, il consomme ce qu’il peut et il jette Et ça, personne, aucun résidu d’humanité n’est prêt à l’entendre. La réalité, elle a tendance à faire mal au cul de ceux qui la subissent. Ce n’est pas différent pour lui. La date est quelque part entre le haut de sa nuque et le bas de ses reins. Un jour, quelqu’un décidera qu’il n’a plus d’utilité et il le jettera, ou il le bercera d’illusion jusqu’à la fin, jusqu’à la disparition spontanée. De temps en temps, il aimerait que ça arrive rapidement, que quelqu’un en finisse plus tôt. Etre un pion qui bouge d’autres pions, ça a quelque chose de si fatiguant qu’il comprend pourquoi le septième jour, un barbu lambda a claqué la porte pour aller dormir. Ou alors, lui aussi, qui a voulu fabriquer à son image, a atteint sa date limite de consommation et depuis des millénaires, on prie pour un aliment avarié. Alessandro a des envies d’autoflagellation, Alexander une grande envie de se marrer en voyant que Decima ne comprend rien de tout ça.
Et il se marre, le sale con, il rit son dégoût quand elle s’énerve, qu’elle lui demande générosité et compassion pour des gens qu’il a peut-être apprécié un jour, qui sait, ou alors dont il n’a jamais pris la peine de connaître le prénom parce qu’il s’en fout. Parce qu’il n’est pas capable d’aimer les gens comme il le voudrait. Mais ça le fait rire pour ne pas que ça le fasse pleurer. « Ma putain de race ? Sérieusement ? » Elle a des allures de petites filles hystériques et elle quitte sa place pour lui lancer à la gueule des vérités qui n’appartiennent qu’à elle et putain, elle braille, et braille, et braille ses conneries bien pensantes à la terre entière qui se fiche de ses considérations nocturnes. A lui qui se fiche de savoir qu’il est monstrueux parce qu’aux dernières nouvelles il en est un, de monstre. C’est d’ailleurs pour ça qu’elle cache sa peur derrière sa colère, qu’elle tente de se barrer et qu’elle panique contre une porte qui n’est pas vraiment fermée. Non pas que ça y change quoi que ce soit, mais il n’a pas à se presser pour la coincer contre le mur. Durement. Entre temps, il a arrêté de rire.

Son Abbé Pierre n’a plus d’issue et elle peut gueuler ce qu’elle veut sur les violents, les gens de misère et les monstres qui n’ont même plus la lâcheté de se cacher sous le lit. Plus ça l’énerve de le voir de près, plus il a envie de s’approcher, alors il est presque contre elle. Alexander aimerait être en vie et respirer comme elle, juste pour qu’elle sente son souffle et qu’elle s’en rappelle la prochaine fois qu’elle lui tiendra tête. S’il reste un peu de Marie en elle, même s’il ne se voit pas dans le fond de ses yeux, il y aura une prochaine fois. Il y en a toujours eu une. Ils se sont quittés blessés, frustrés, avec des promesses de plus jamais et à la fin, une chambre ou l’autre dans la chaleur néo-orléanaise ou des amo écrit à la va-vite et qu’importe que l’amour soit mort depuis longtemps. « Ma race, trésor, est certainement beaucoup moins condamnable que la tienne. » Les crocs sortent et cette fois-ci, c’est une menace qu’il ne veut surtout pas dissimuler. « On ne sort pas les morts de leur repos. » Ses mains glissent sur les bras de Decima pour la maintenir en place. « On n’assure pas notre survie en jetant notre descendance en pâture. » Les crocs effleurent à peine sa gorge. « On ne risque pas la survie des nôtres en prétendant les protéger. » Le contact est plus appuyé, pas assez pour faire couler le sang. « Ma race n’est que le prédateur qui vous rappelle que vous n’êtes pas invincibles. » La peau se déchire brutalement quand il plante enfin les crocs que ça le fait gémir. Pourtant il ne boit pas, il ne fait pas ce pourquoi il est né une seconde fois. Il mord pour mordre, par cruauté, juste pour lui faire mal parce qu’il aime ça et que ça lui fait plaisir de lui donner enfin raison, de lui montrer à quoi ressemble le monstre qu’elle imagine. Ça ressemble à ça, à une douleur sans but, qui ne nourrit personne, qui ne sert personne, qui n’a pas d’autre but que de lui donner un aperçu de l’Enfer où elle finira probablement, grâce à lui ou un autre.
Alex a l’impression d’être accroché à elle depuis des heures, à briser son cou autant que sa volonté de lui tenir tête à nouveau. Quand il la lâche enfin il n’avale pas, crache à ses pieds pour qu’elle sache à quel point tout ça, c’était profondément inutile. La plaie béante est là, rouge vive sur sa gorge et son ego bande mille fois trop. Il la lâche complètement pour mieux contempler son œuvre, le sourire ensanglanté et les pupilles dilatées. Il se souvient avoir fait ça à Marie, une nuit de haine comme ils en avaient tant. Elle avait aussi parlé de dégoût, cette fois-là. Il se souvient aussi qu’après ça, ils avaient fait l’amour parce que c’était leur truc et ils s’étaient dit plus jamais. Dans un dernier élan de méchanceté, il soulève son menton du bout des doigts. Qu’elle regarde. Le sang qui coule au coin de ses lèvres. L’effet que le sang lui fait. Le sourire qui revient une fois la colère disparue. Qu’elle regarde tout. « La prochaine fois que tu demanderas à un vampire de faire preuve de compassion, tu repenseras à ce soir. Et tu te souviendras à quel point c’est douloureux au moment où il décide de ne plus l’être. »
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Decima L. Giaccherini

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MessageSujet: Re: what happens in Brighton, stays in Brighton Mer 15 Aoû - 21:20

Toute chose a une fin. Tout. Même Decima, un jour. Même Marie en avait eu une, de fin, bien tragique, beaucoup trop tôt. Un gâchis. Puis, par miracle, en forçant le destin, elle était revenue. Et un jour, elle s’en irait. Puis, qui sait, reviendrait encore, car personne, mis à part elle, ne connaissait l’étendu du pacte qu’elle avait jadis signé, de son propre sang, et de celui de beaucoup d’autres. Un cycle, fait de vie, de mort, parfois de renaissance. Et même Marie, même la Marie qui consommait et jetait, savait alors ressentir un minimum de considération, ou peut-être même de compassion dans ses bons jours, pour ceux qui donnaient de leur énergie, de leur sang, de leur vie, pour elle. Ces morts qu’elle réveillait, ces vivants qu’elle tuait. Mais lui, Alex, semblait en être totalement incapable. Cela avait peut-être déjà dégoûté Marie à l’époque, et dégoûtait encore plus la Decima d’aujourd’hui. Que tous aient une date de péremption ne justifiait pas et ne justifierait jamais qu’on les utilise puis qu’on les jette comme des mouchoirs usagés. L’humanité n’était pas sans défauts, loin de là, et Decima était bien la première à le reconnaître. Mais les vampires… Les vampires… Plus ça allait, et moins ça allait. Qu’on parle des vices de ses presque congénères, soit. Et Decima acquiescerait volontiers à chaque élément de la longue liste. Oui, la richesse, la réussite, la vie de la race si voisine à la sienne reposait sur l’exploitation des uns pour contenter et enrichir les autres, piller mille et une richesses pour s’offrir des écrans plasma ou du Nutella au petit-déjeuner. Des sacrifices immenses, pour des choses si dérisoires. De l’hypocrisie, des faux semblants, un refus d’accepter toute différence, même chez son prochain, dont avait été victime Decima d’ailleurs, tantôt considérée comme folle, tantôt rejetée parce que sorcière, et perçue comme dangereuse. Et elle le condamnait. Mais elle le condamnait encore plus chez les vampires, parce que tous ces traits étaient d’autant plus présents, d’autant plus courants, d’autant plus fréquents, et assumés, ouvertement assumés. Peut-être était-ce le fait qu’ils soient la « race dominante » qui leur donnait le sentiment d’être invincibles et de pouvoir donc agir en toute impunité ? Et les autres n’étaient plus que des vaches à lait, à traire un maximum, avant de les envoyer à l’abattoir. Il avait reconnu clairement, sans aucun scrupule, sans une once de culpabilité, sans la moindre réaction, qu’après de longs et loyaux services, cet homme qu’il ne prenait pas même la peine de nommer, allait être envoyé à l’abattoir. Et Decima ? Decima n’était qu’une vache à lait, parmi tant d’autres, qu’il avait déjà beaucoup exploité cette nuit, et qu’il comptait encore exploiter visiblement, avant de, un jour, probablement, sûrement, l’envoyer à l’abattoir. Oui, elle avait une date de péremption, comme tout un chacun, mais il n’avait aucun droit d’en décider ni le moment ni le lieu.

« Ta putain de race, ouais. » Elle en avait assez. Avoir tant pris sur elle, avoir tant supporté, et pour quoi ? Pour s’entendre dire ça. Pour se voir traitée comme une vulgaire poupée, dont il caressait tendancieusement la nuque après l’avoir déjà trop exploitée depuis la tombée de la nuit. Pour l’écouter parler froidement de ses pions et de la manière dont il comptait les disposer ou carrément les retirer de l’échiquier. Il était monstrueux, oui. Et prétendre qu’elle n’était pas effrayée serait mentir. Mais il n’y avait pas que de la peur. Aussi du dégoût. Et de la colère. Une réelle colère. Une prise de conscience soudaine, le sentiment d’avoir perdu son temps, d’avoir pris part, malgré elle, à quelque chose qu’elle exécrait. Et elle avait décidé que c’en était assez. Tant bien que mal, elle tentait d’ouvrir cette porte, sans y arriver. Putain, merde. Si elle avait deviné ce qui allait suivre, probablement qu’elle l’aurait défoncée.

Elle était coincée. Coincée, dos au mur. Tout était allé trop vite, et elle peinait à comprendre comment la situation avait pu si vite changer, mais elle se débattait, elle bougeait, elle frappait. Qu’il s’éloigne. Elle ne le supportait plus. Elle ne supportait plus sa vue, encore moins son toucher. Sa race, moins condamnable que la sienne. Quelle blague. « Y a une compétition maintenant, c’est ça ? Qui sera le plus con et le plus insensible d’entre tous ? » Le bon sens voudrait qu’elle se la ferme. Mais non. Et elle aurait probablement poursuivi, encore et encore, s’il n’avait pas fini par la faire taire. Momentanément du moins.
Ses crocs étaient sortis. Et bien qu’elle ne perdait pas son regard mauvais, son air refrogné, son coeur se serra un peu plus dans sa poitrine. Elle tenta de le repousser une dernière fois, avant de se retrouver immobilisée pour de bon. Elle l’écoutait à peine. Elle n’avait plus envie de l’écouter. Ses crocs contre sa peau commençaient à lui donner des sueurs froides, et elle maudissait le jour où elle avait eu la malheureuse idée de mettre les pieds dans son bar. Puis, black out. Une horrible douleur, au cou. Et un cri, un hurlement, alors que son visage se figeait. Des secondes, des minutes, elle ne savait plus. Une éternité. Et quand il la lâche enfin, elle s’écroule aussitôt, posant sa main contre sa plaie, le regard rivé au sol.
Elle le détestait. Lui et sa putain de race. Et c’est sans cacher son dégoût qu’elle releva les yeux vers lui, contre son gré. Le sourire. Le sang. Les pupilles dilatées. Elle en avait vu d’autres, des vampires. Mais elle n’avait jamais eu autant envie de vomir à la vue de l’un d’entre eux. Peut-être était-ce les effets de la morsure, ou alors simplement… Simplement lui. Ce qu’il était. Ou juste lui. «  … Va te faire foutre. Alessandro. » Qu’elle finit par lui cracher au visage, dans un dernier élan de folie. Folie, courage, totale inconscience… Mais s’il avait brisé son cou, il n’avait pour autant pas brisé sa volonté. Seule la mort le ferait. Comme cela avait été le cas avec Marie, des siècles auparavant. Comme c’était de nouveau le cas aujourd’hui, avec Decima… Ou avec Marie. Avec les deux, sûrement. Son regard avait changé. Bien plus dur. Oh, si elle était encore nécromancienne, elle l’aurait tué. Alessandro. Ce nom qu’il avait porté jadis humain, il n’y avait que Marie, pour le connaître. Ce nom, pour lui rappeler qu’il avait été mortel. Ce nom, pour lui rappeler, par sadisme peut-être, par vengeance, ce qu’il avait perdu, lui montrer d’autant plus, le monstre qu’il était devenu. Et bien que la chamane qu’elle était ne maîtrisait pas encore ses pouvoirs, Marie savait. Marie l’avait, un jour, dans une violente dispute comme ils en avaient connu beaucoup, souvent, planté, à quelques cms à peine du coeur. Intentionnellement. Et aujourd’hui, elle recommençait. A distance. Un coup de vent soudain, et un couteau qui s’enfonce, au même emplacement, de la même manière, alors qu’un autre vient se positionner dans la main de Decima, ou peut-être de Marie, difficile de savoir qui est qui. «  Touche-moi encore une fois, et ce sera dans le coeur. Tu sais que j’en suis capable. » Sa vision commençait à être brouillée, sa respiration saccadée, mais elle tenait fermement son couteau, prête à recommencer. Jusqu’à ce que ses paupières se fassent trop lourdes, et qu’elle se sente partir, malgré tous ses efforts, petit à petit. Decima, Marie, elle n’en restait pas moins une mortelle, qui, en perdant trop de sang, sous l’adrénaline, voyait ses forces la quitter, même si ce n’était que pour un court moment. Dommage. Marie aurait probablement préféré lui montrer comme au bon vieux temps à quel point elle se fichait de ses menaces et de ses attaques sanglantes, un peu plus longtemps.
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